• Chapitre 7 : Dans le placard.

    Chapitre 7 : Dans le placard.

     

                Jean-Marc avait la bouche pâteuse. Il se serait certainement attardé sur la beauté folle de cet être devant lui si elle, car il était persuadé que c’était une fille, n’était pas apparue devant lui de nulle part.

                Voyant qu’elle tirait ostensiblement sur le feutre rouge, et que personne ne venait le sauver de cette mystique apparition, il le lâcha. Un gémissement triste sortit des lèvres de la manifestation. Elle se pencha pour essayer de le récupérer en vain. Elle se tourna alors vers sa collègue Faustine.

    - Ça ne marche pas… faut que tu viennes le chercher ici.

                Jean-Marc regarda vers la professeur de Biologie. C’était à elle que l’apparition s’adressait.

                Faustine récupéra ses affaires avant de se diriger vers la porte.

    - Mais ton rouge ! Protesta la manifestation.

                Elle courut à la suite de la femme. Le bruit de ses talons retentit aux oreilles de Jean-Marc, ce qui lui rappelait que ce bruit l’agaçait profondément. Il pinça les lèvres puis sortit à son tour. Il ne prit même pas la peine de s’excuser auprès de ses collègues. De toute façon, il n’aimait pas le regard surpris qu’il reçoive.

                Il ne doutait pas que tous ses collègues le prenaient pour un fou. Ils pouvaient bien ! Il n’en avait que faire.

                Il accéléra le pas, ouvrit une porte, attrapa le poignet de Faustine et l’attira dans le placard à balais. L’enseignante poussa un cri surpris. Elle se trouva contre le mur. Elle entendit le cri de Mathias avant qu’il ne rentre dans le placard, traversant la porte.

    - C’est un kidnapping ! Intervint Sullyvanne.

    - Oh… Dirent Faustine et Mathias d’une même voix.

    - Qu’est-ce que c’est ? Demanda l’homme en désignant le travesti.

    - Tout ce que tu veux mon chéri. Sourit-« elle » en passant ses bras autour de son cou.

                Jean-Marc sursauta, surpris de cette proximité soudaine. Certes, c’était une jolie créature mais elle était bien trop jeune ! Et puis… ils se connaissaient à peine. Il se disait que ce n’était « pas bien ».

                Il tendit les mains pour « la » repousser, alors qu’il entendait clairement Sullyvanne ricaner dans ses oreilles.

    - Mathias… il te voit et t’entends.

    - Iiiiiiiik ! Cria le travesti avant de s’éloigner, se collant au coin du placard.

    - Ma… thias ?

    - C’est un garçon. Dit Faustine en désignant sa création.

    - Trop fort ! Il est encore plus féminin que comme tu m’as faites « papa ». Railla Sullyvanne.

    - Je veux savoir ce qu’il se passe ici. Exigea Jean-Marc la bouche pâteuse.

    - C’est bizarre de parler dans un placard, vous savez ?

    - Merci, vous m’apprenez des choses, encore heureux que vous êtes une enseignante si chevronnée.

    - Pardon Jean-Marc Narine. Fit sa collègue en appuyant sur le mot.

                L’homme s’agaça de ce pseudo-calembour. Déjà qu’il détestait qu’on le fasse lorsque ce n’était pas fait exprès mais quand c’était voulu, ça l’énervait d’autant plus.

    - Narean !

    - Si vous voulez vraiment partir, nous nous retrouverons à la cantine.

                Sa main contourna le corps gracile de sa création avant qu’elle n’ouvre la porte. Elle sortit alors du placard, suivie par l’apparition qui trottinait à sa suite dans cet agaçant bruit de talons.

    - C’était trop cool ! Sourit Sullyvanne.

                Jean-Marc se passa la main sur le visage. Il n’arrivait pas à comprendre tout ce qu’il se passait. Entre sa création qui l’asticotait à longueur de temps et s’évertuait à lui parler aux moments les moins opportuns et l’apparition de Mathias. Un homme. Il eut un reniflement agacé en pensant qu’il avait trouvé un homme « beau » !

                Il sortit également de la petite pièce qu’il ferma derrière lui. Il s’assura que personne ne l’avait remarqué, n’ayant pas besoin de passer d’autant plus pour un fou. Il soupira longuement en voyant qu’il était bien seul. Tant mieux.

                Il partit vers sa salle de cours, essayant de faire fi de la voix de Sullyvanne qui résonnait à son oreille. Elle lui racontait mille et une histoires sur ce que pourrais être cette suite de livre qu’il refusait farouchement.

     

                La pause de midi arriva trop lentement au goût de Jean-Marc. Il était particulièrement difficile de donner ses cours quand une certaine personne parlait quoi qu’on dise. Il ne pouvait s’empêcher de plaindre Faustine. Lui ne faisait qu’entendre sa détestable création !

    - Détestable toi-même ! Non mais je te jure !

                Il l’entendit grommeler. Si ce bruit était agaçant, au moins, elle ne parlait pas à voix haute, c’était déjà un mieux.

                Jean-Marc fit la queue dans la file afin de prendre sa nourriture. Il en profita pour chercher où était sa collègue. Il la trouva à une table à côté de filles qui lisaient des mangas d’un air très concentré. Il voyait Mathias accroupi près de ses demoiselles en question, essayant de lire les titres en questions. Il ouvrait de temps en temps la bouche, parlant certainement à sa créatrice.

                L’enseignant se demandait comment ses collègues prendraient cet étrange rapprochement. Si les adultes étaient moins mesquins que les adolescents, Faustine était quand même quelqu’un qu’on évitait. Elle ne regardait jamais les gens en face quand elle leur parlait, elle semblait ailleurs et elle avait ces boucles d’oreilles en forme de crâne. On aurait dit une étudiante !

                Jean-Marc trouvait que c’était un comportement honteux. Ils devaient être des modèles pour les enfants, pas les traîner dans des chemins boueux.

                Il remercia vaguement la cantinière qui lui servait une purée de patate liquide, un steak trop cuit et des petits pois surgelés. Il se rendit jusqu’à la table où était assise sa collègue. Il remarqua qu’elle avait une boîte à tartine et un thermos à côté d’elle. Elle était plongée dans la lecture de Anges et Démons de Dan Brown.

    - Re ! Sourit Mathias en venant s’asseoir à côté de Jean-Marc.

                L’homme remarqua que son corps rentrait à moitié dans la table. Voyant ce qu’il regardait, le travesti fit une moue.

    - Et oui… j’ai pas une taille de guêpe.

    - Je n’ai pas… Marmonna Jean-Marc. Mademoiselle Sautifen ?

                Faustine ferma son livre après avoir mis le signet. Elle leva le regard vers son collègue.

    - Oui ?

    - Qu’est-ce ? Demanda-t-il.

                Il désigna le plus discrètement possible Mathias.

    - Mathias Fitz, il a seize ans et il aime s’habiller en fille depuis tout petit. Pour parfaire cela, il est parfaitement androgyne. Ce n’était pas comme ça qu’il devait être au début mais il m’a tellement suppliée. Il n’a pas eu tord, c’est mieux pour son histoire. Expliqua Faustine.

    - Et pour mettre des jupes. Sourit Mathias en ajustant un des rubans roses de ses cheveux.

    - Haha ! Lança Sullyvanne d’un ton conquérant.

                Faustine eut un sourire.

    - Madame écoute ce que dit son « bébé » ! Madame, voulez-vous m’adoptez ?

    - Ne dit pas de sottise. S’agaça Jean-Marc.

                La femme sourit un peu plus à la remarque de Sullyvanne mais elle dissimula une moue lorsque l’homme lui répondit. Elle prit un sandwich au thon qu’elle croqua, détournant le regard.

                Jean-Marc rajusta ses lunettes avant de manger une bouchée de purée qu’il trouva infect.

    - À ce que je comprends, je ne suis pas le seul malheureux qui doit subir ce qu’il a créé.

    - Subir ? Me subir moi ?! S’énerva Sullyvanne.

    - Oui. Marmonna Jean-Marc.

                Autant sa conversation avec Faustine était peut-être bizarre mais avait le mérite de lui être adressée, autant il ne pouvait se permettre d’être si bruyant lorsqu’il s’adressait à la jeune femme.

    - Ce que je comprends moins… c’est comment cela ce fait que j’entende et voit votre création.

    - J’avoue que je ne le comprends pas non plus. J’ai toujours été la seule à pouvoir interagir avec Mathias. Ça lui a fait développer un étrange comportement.

    - Lui aussi veut vous faire faire une suite ?

                Le travesti éclata de rire.

    - Il n’y aura pas de suite pour moi. Murmura-t-il.

    - Nous corrigeons… C’est à la première correction qu’il est venu à moi… Grâce à lui, je suis passé de cinquante à cent-vingt pages.

    - Première correction… Répéta Jean-Marc en se frottant le nez.

                Il entendit clairement Sullyvanne soupirer.

    - Je vois… Il faudrait trouver pourquoi nous sommes forcés à discuter de la sorte.

                Faustine manqua de s’étouffer avec son dernier morceau de sandwich. Elle se servit du café brûlant et bu une longue rasade pour faire passer l’aliment traitre. Jean-Marc renifla, déranger par l’odeur forte de café. Il ne supportait pas cette odeur. Il préférait de loin la bonne fragrance du thé.

    - Monsieur Narine, rien ne vous oblige à rester à mes côtés. Je n’ai pas besoin de vous dans mon entourage, surtout que, comme vous le voyez, je ne suis pas seule.

    - Elle n’est jamais seule. Approuva Mathias en se levant.

    - Vous répondrez seul à vos questions.

                Faustine bu son café, reboucha le thermos puis récupéra livre et boîte à tartine. Enfin, elle put partir, le laissant derrière elle.

                Sullyvanne soupira.

    - Quoi encore ? Questionna mentalement l’homme.

    - Tu ne sais vraiment pas t’y prendre avec les femmes ! Moi qui espérait qu’elle m’aiderait à te faire céder !

    - Tu peux bien espérer, il n’y aucune chance que je fasse une suite. Quoi que tu dises, rien n’a à voir avec ce que j’ai écris.

    - Il faut que tu lisses entre les lignes de ce que tu as écrit. Tout ce que tu as fait à cause d’une force mystique. Tout ce que tu as fait sans savoir pourquoi. Tout ce qui n’avait pas d’explication logique.

    - Tu vas me dire que tu as guidé mes doigts ? Rit-il intérieurement.

    - Parfaitement !

    - C’est moi qui t’es créée ! Essaie de ne pas l’oublier !

    - … Il faut que je voie si je peux contacter Mathias seule…

    - Bonne chance. 

                Jean-Marc finit son plat puis vint rapporter la vaisselle aux cantinières. Il jeta toutefois un regard autour de lui. Il ne voyait plus Faustine. Son étrange collègue avait dû aller se terrer en quelconque lieu glauque et ne reviendrait que pour donner ses propres cours.


     


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